À la rencontre des finissantes 2021

Blogue, Expositions, Nouvelles

L’exposition de fin d’année arrive à grands pas, un événement qui couronnera cette année pas comme les autres. D’ici à la tenue de l’exposition ‘Jouer avec le feu‘, qui sera présentée prochainement à la Galerie Noel Guyomarc’h, nous vous invitons à découvrir l’univers créatif de chacune de nos neuf finissantes à la formation collégiale en joaillerie. Chacune ayant développé un langage artistique qui lui en propre ainsi que des affinités de matières et de formes, nous nous réjouissons de constater tout le chemin qu’elles ont parcouru au cours des dernières années, et ce depuis leur première soudure!

 

Anastasia Conkic

« Le beau est toujours bizarre »
« De la répulsion naît la fascination »

Ces deux phrases ont en commun qu’elles associent des termes en apparence contraires. Je cherche à combiner le beau et le laid, le passé et le présent, le rustique et le raffinement. J’apprécie ces contrastes car le mariage de deux opposés fait ressortir les qualités respectives de chacun.

À l’ère primitive, les bijoux étaient souvent fabriqués à partir d’os d’animaux, ils servaient de talismans protecteurs ou démontraient le statut social du porteur. Aujourd’hui les bijoux sont fabriqués principalement à partir de métaux précieux et de pierres taillées avec la plus grande précision.

Ma présente collection, intitulée « La Nature Humaine », combine l’esthétique du bijoux ancien à celle de la joaillerie contemporaine. L’utilisation et l’assemblage de morceaux d’os et de corne bruts ou travaillés, de métal marqué de motifs en damier montrant bien le penchant ornemental de l’homme, ainsi que de pierres taillées finement donne à ces bijoux des allures à la fois archaïques et contemporaines. La juxtaposition de tous ces éléments évoque l’évolution du bijou à travers le temps.

J’ai créé cette collection en hommage à la nature humaine, parce que l’être humain s’est toujours orné de parures et de bijoux, que ce soit pour des raisons esthétiques, politiques, sociales ou ésotériques. Cette pratique ancestrale a certes évolué mais elle a traversé le temps et je suis fière d’en être l’héritière.

Broche La nature humaine. Argent sterling, tourmaline, os, acier

 

Isabelle Cadieux

J’aime lorsque les objets racontent une histoire. Pour moi, il est important d’insuffler une vie, un conte à mes œuvres. C’est pourquoi je m’inspire énormément du monde qui nous entoure, que ce soit en utilisant des matériaux provenant de notre Terre-Mère ou par l’écoute des traditions orales de nos ancêtres. La collection From one Wicked to Another (d’un damné à un autre), raconte ma propre histoire. Il s’agit d’une ode à la santé mentale, évoquée à travers l’univers de la magie et du tarot, cet outil d’introspection dont la symbolique se retrouve dans mon œuvre.

Chaque bijou représente un arcane du tarot de Marseille :
Le neuf d’épées représente l’angoisse reliée au mental. L’anxiété, le stress qui nous suit comme une ombre et hante le quotidien. La tour, quant à elle, représente nos bases qui s’effondrent. Sans aucun repère autour de nous, la panique s’installe et même l’isolation. Puis vient L’hermite, la solitude, le moment où on erre dans le monde avec seul compagnon sa lanterne. Le Diable, lui, représente nos démons intérieurs et nous fait oublier qu’il n’y a pas que le monde physique qui est important. L’apparence, l’image que l’on projette aux autres, nos avoirs ne valent rien comparé à nos sentiments vis-à-vis nous-mêmes. Pour terminer, le Soleil, de bon augure vient réchauffer notre route froide et rocailleuse. La verdure revient, les plantes poussent, les gens sont plus heureux et on se sent plus léger.

Bague The Tower. Argent sterling oxydé

 

 

 

Louison Grymonpré

J’aime allier la froideur et l’immuabilité de l’argent sterling avec la tendresse de la peau, la chaleur du corps. Comme la rigidité du squelette qui contraste avec la souplesse des tendons ou des muscles.

Depuis mon enfance je suis passionnée par le domaine des sciences. J’ai une soif d’apprendre sur ce sujet et de connaître le fonctionnement du corps dans toute sa complexité. Comment les os glissent dans leurs articulations, comment la peau se tend sous le poids du corps.

Les bijoux sont traditionnellement placés sur des points stratégiques du corps : le cou, la poitrine, les poignets, le cœur… Ce sont des parties fragiles, où l’on peut deviner les battements du cœur et que l’on cherchait anciennement à protéger. Mon travail vise à mettre en valeur cette fragilité qui se cache juste sous la peau.

Mes bijoux s’inscrivent dans une démarche d’acceptation et de célébration de mon propre corps. Car malgré ses défauts, c’est bien lui qui me permet d’exister et de m’épanouir à travers ce métier que j’aime. Mon travail célèbre ainsi la force créatrice qu’il renferme et qui est si importante à mes yeux.

Broche À contrecœur. Argent sterling oxydé, argent 820, perles d’eau douce

 

Catherine Ferré

Gabrielle Chanel disait : « J’ai choisi ce que je voulais être et je le suis. » Ayant toujours entretenu un goût pour l’élégance, le luxe, l’avant-gardisme, le raffinement et la haute joaillerie, j’ai très tôt orienté ma carrière autour de mon admiration pour cette créatrice visionnaire et inspirante.

Mes bijoux représentent ainsi un hommage à Gabrielle Chanel en reflétant la passion, la rigueur et la singularité. Ils sont épurés, élégants, minimalistes, modernes, fonctionnels. J’accorde une attention particulière à l’équilibre des pièces, à ce que la beauté extérieure du bijou reflète sa beauté intérieure car pour moi ce sont les détails qui font la différence et la beauté d’une pièce.

Mes œuvres sont inspirées des codes de Coco Chanel que je réinterprète à ma façon : le Camélia, emblème de Chanel synonyme de pureté absolue; le blé, son porte-bonheur; les rubans, éléments signatures de son style révélant une élégance naturelle; le trèfle à 4 feuilles (caché et visible seulement sur l’envers du collier), symbole de chance pour Gabrielle, très superstitieuse; le chiffre 5, son chiffre mythique dont elle nomma son premier parfum; et les perles qu’elle portait au quotidien en sautoir…

J’aime créer des paradoxes qui vont équilibrer le bijou : la douceur d’une perle avec la dureté du métal, l’or poli miroir avec l’argent oxydé, les courbes des anneaux avec les formes géométriques très droites, le forgeage du métal apportant de la souplesse avec la rigidité d’autres éléments, le tout permettant de donner vie au bijou.

Lors de l’élaboration et la conception de mes bijoux, ma réflexion se porte sur les articulations du bijou, sur sa souplesse, afin qu’il puisse se fondre dans les mouvements de la personne le portant. Pour moi, le bijou ne vit que porté comme le serait un vêtement de haute couture et n’est là que pour révéler ou accentuer la personnalité de celui ou celle qui le porte.

Bague Tourbillon de bonheur. Argent sterling, perle de Polynésie

 

 

Marine Bordy

Nom issu de l’œuvre littéraire quasi-éponyme de Monique Wittig, le ton de ma collection se hisse à cheval, le menton parallèle au sol, avec le sable qui fouette les mollets.

“[…] il y a eu un temps où tu n’étais pas esclave, souviens-toi. Tu t’en vas seule, pleine de rire, tu te baignes le ventre nu. Tu dis que tu en as perdu la mémoire, souviens-toi. Les roses sauvages fleurissent dans les bois. Ta main se déchire aux buissons pour cueillir les mûres et les framboises dont tu te rafraîchis. […] Tu connais la peur l’hiver quand tu entends les loups se réunir. […] Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.”

                     Monique Wittig, Les Guérillères, Les éditions de Minuit collection Minuit double, 2020, p.122 [1969].

Cotte de maille dans la nuque pour prévenir de la trahison, précieuses clavicules protégées par des pics de lapis lazuli – apotropaïque portion de reine – taillés par mes soins, laissant tomber trois rouleaux de chaînes sur le poitrail qui ferment le collier de leur trinité métaphorique.

Pics, mais aussi cônes et coupoles : abris-temples, récipients, sein nourricier comme triangles et cercles symboliques.

Autant de bijoux arborés en talismans pour s’atteler à cette vie nomade menée dans la certitude sereine de ne pas savoir de quoi demain sera fait.

Les yeux attentifs aux mouvements des points cardinaux, alimentés d’orfèvreries anciennes et d’amulettes de tous temps autant que de science-fiction féministes, toutes les pistes m’amènent à cette exploration déessiste. L’aspect berne les origines pour susurrer des formes qui n’ont pas de date et des sujets qui nous survivent.

Que porter ces bijoux te rende fièr.e comme si tu venais de te faire tatouer, le regard vers l’horizon avec les yeux plissés, tellement la lumière semble immortelle.

 

Bague Guerillère. Argent sterling

 

Marie-Eve Beauchamp

Étant passionnée de l’univers fantastique cinématographique et littéraire, mon travail est inspiré de ce monde magique. La collection Dryadalis, mot latin qui signifie elfe, est inspiré du règne des elfes, ces créatures des bois et des eaux. L’esthétique elfique est évoquée à travers les éléments qui composent mon collier, qui rappellent des lianes et des branches se nouant entre elles avec des feuilles et des fleurs. C’est plutôt l’aspect floral et lunaire qui a été interprété pour mon bracelet et mes bagues.

Je guide la conception et la fabrication des bijoux afin qu’ils puissent être portés de diverses manières, en privilégiant des articulations et mécanismes qui n’interfèrent pas avec l’esthétique aérienne des œuvres. Je cherche ainsi à offrir de multiples possibilités au porteur, qui peut à son tour adapter le bijou à son style.

Bagues Dryadalis Argent sterling, aigue-marine brute.

 

 

 

Vichina Yong

Mon travail démontre mon intérêt pour le bijou haut de gamme. Il est inspiré par les merveilles qu’offre la nature. Ainsi, la délicatesse des pièces exprime la douceur de moments majestueux, tels que la vue panoramique du soleil couchant à l’horizon des îles paradisiaques. Les perles de différents tons orange et les anneaux en or jaune évoquent les couleurs du ciel et de la mer lors du coucher du soleil. La présence dominante des fils d’argent torsadés fait référence aux nœuds marins et ajoute une touche qui fait briller le bijou comme les éclats de l’eau miroitant les feux du soleil. De plus, j’ai inclus le motif des trèfles à quatre feuilles parce qu’il représente l’influence qu’une personne chère a eue sur moi, résultant à mon choix de parcours comme future joaillière. De ce fait, le trèfle à quatre feuilles symbolise ma chance.

Boucles d’oreilles Sunset. Argent Sterling, or 14K, perles
Malika Rousseau

Dessinée avec du fil d’argent : La ligne du temps prend forme entre contrôle et accident

‘Éloge de la matière’ s’inscrit dans une démarche de la valorisation du savoir-faire manuel et esthétique. L’intégration de pièces de céramique au sein de cette œuvre de joaillerie permet d’amalgamer en une pièce différents métiers d’art afin de créer de possibles champs d’exploration au-delà des frontières traditionnelles. L’actualisation du savoir-faire manuel s’inscrit dans une optique de revalorisation du travail artisanal, dans une ère où la plupart de nos gestes manuels nous sont de plus en plus étrangers, voire inexistants. Le FAIRE est pour moi un geste de revendication.

 Dans cette recherche de beauté formelle, la forme pure devient le point de départ d’une création qui se complexifie peu à peu. Naît un dialogue entre la céramique et l’argent, des matières nobles par leur intemporalité, toutes deux issues du sol, et qui nécessitent la chaleur du feu afin de s’élever et de nous permettre de les transformer au rang d’œuvres d’art. La céramique évoque la sensibilité, le contact direct des mains avec la matière sans l’intermédiaire d’outils, et réfère à nos origines primitives. Suit de près le méticuleux travail du métal, issu de l’ère de la métallurgie, avec quelques outils spécifiques.

Dans ce corpus d’œuvres, le grain d’argent est transformé en fil souple et rigide à la fois. Grâce à sa malléabilité, il permet de construire plusieurs petites sculptures portables, légères et résistantes qui s’articulent et s’agencent les unes aux autres. L’assemblage entre le métal et l’argile permet d’agencer des constructions géométriques aux lignes pures à des formes plus organiques et colorés. Une tension poétique se crée entre dureté et douceur, robustesse et légèreté, le tout dans un équilibre précaire.

Broche L’éloge de la matière. Argent sterling, céramique

 

 

Marianne Richard

Mon travail puise dans ce que je trouve esthétique et poétique. La nature et le folklore sont des esthétiques qui m’interpellent et qui m’ont toujours suivi à travers l’âge et le temps. Guidée par ces univers, je construis mes idées en travaillant le métal au gré d’une improvisation contrôlée.

La notion de mouvement est très importante dans mes œuvres, et c’est à travers des techniques telles que la forge et la fusion que je mets cette dernière de l’avant. Intense et imprévisible, la fusion est une des techniques que je privilégie. Travaillant à même la matière, mes pièces se dessinent en suivant mon geste et son impact sur le métal. Mon propre contrôle est ainsi contrebalancé par les propriétés intrinsèques de la matière que je travaille, laquelle répond de façon tout aussi contrôlée à chacune de mes interventions. Les formes que je crée, évoque le mouvement des flammes qui dansent, font écho aux processus employés.

Broche Fable. Argent sterling

 

 

Photos: Anthony McLean

 

 

Partagez l’article sur vos médias sociaux

Menu